Vivre avec son (ou ses) enfant en harmonie, dans la bienveillance, l’épanouissement et le respect mutuel, c’est possible.
Mais alors…

Pourquoi des parents se sentent parfois démunis concernant l’éducation de leur enfant ?
Qu’est-ce qui fait qu’un parent n’arrive pas à poser des limites à son enfant ?
Qu’est-ce qui fait qu’un parent pose des limites qui étouffent son enfant ?
Cela arrive. Ce sont des questions fondamentales et passionnantes.

.

Élever un enfant est une chose complexe.
Chaque parent fait du mieux qu’il peut, avec ce qu’il a reçu et ce qu’il connaît.
La plupart des parents veulent sincèrement et profondément le bonheur de leur enfant. Et ils croient bien faire, même quand ce n’est parfois pas le mieux pour leur enfant. C’est très touchant.

.
Certains comportements ou choix du parent vont être tout à fait ajustés et bon pour l’enfant, dans le sens où ils vont l’aider à se développer de façon heureuse et harmonieuse. Mais d’autres comportements et d’autres choix vont être néfastes pour l’enfant. Cela peut être difficile à entendre, surtout pour les parents qui veulent à tout prix être parfaits. Mais soyons clairs : la perfection n’existe pas. L’excellence oui, mais pas la perfection. Aucun parent ne fait jamais d’erreurs. Ça n’existe pas. Vous pouvez vous détendre. C’est normal de faire des erreurs.
Le tout est d’en tirer les leçons et de tenter de faire mieux à chaque fois. Accepter d’être imparfait permet de se sentir digne avec ses failles, d’accepter de voir ce qu’on n’arrive pas à faire, ou ce qu’on fait de travers, et de s’améliorer. C’est une clé importante pour son propre bien être et celui de son enfant. Ça ouvre la porte du mieux. Et quelle merveilleux modèle pour l’enfant que celui du parent qui accepte ses failles et se sent digne avec !

La plupart du temps le parent ne se rend pas compte que ce qu’il fait peut nuire à son enfant. Sinon il ne le ferait pas. Il y a donc ici la question de la conscience. D’être conscient de ce qui se joue, de ce qui se passe, pour soi et pour son enfant.

.
L’intérêt de cet article est d’apporter des éléments de réponses aux parents qui s’interrogent sur la question.

 

.

La plupart du temps, les parents s’appuient sur ce qu’ils ont intégré de leur propre éducation, ou bien, s’ils ont conscience que cette éducation a eu un impact négatif sur leur propre développement, ils font l’inverse, ce qui n’est pas forcément bon non plus pour leur enfant.

Par exemple, si une personne a eu une éducation avec un cadre rigide et étriqué qui l’a étouffé, elle pourra vivre un rejet du cadre et avoir de la difficulté à poser des limites. Or, l’enfant a besoin de limites. Des limites justes. Sans limites, l’enfant va par exemple croire qu’il peut tout se permettre et qu’il est le centre du monde (enfant roi), et il ne va pas respecter le monde qui l’entoure. Ou alors il va vivre beaucoup d’anxiété.
Autre exemple : si un adulte n’a pas eu suffisamment de cadre dans son histoire, ça va être difficile pour lui n’en offrir un à son enfant car il n’a pas eu de modèle et ne sait pas bien faire. Alors il va probablement reproduire le cadre insuffisant, ou au contraire apporter de la rigidité qui est en réalité de la maladresse.

Beaucoup de choses se jouent au niveau du cadre.

.
L’enfant a besoin d’un cadre bienveillant, juste et bon, qui lui apporte de la sécurité et qui lui permet de s’éveiller et se développer de façon optimale.
C’est justement là qu’est la complexité : trouver ce cadre optimal.

C’est quoi un cadre optimal ?
.

Ce qui aide, c’est de se poser cette question : quel est l’intérêt le plus élevé de mon enfant ?
Élever.
Le sens premier de se terme est très parlant. Élever veut dire : « hisser, lever, soulever« .
Bien élever son enfant, c’est le porter vers le haut, vers la meilleure version de lui-même.
Or, de nos jours il y a parfois une confusion entre « bien élevé«  et « obéissant« . Pourtant c’est bien différent. L’intention est différente. Et les résultats également.
La définition d’obéir est : « se soumettre à la volonté de quelqu’un, à un règlement, exécuter un ordre« . Il y a ici la notion de se soumettre qui est bien éloignée de la liberté d’être et de l’épanouissement. Mais qui a envie d’être soumis ? Ça vous plairait à vous d’être soumis/e ? Non ? Et bien les enfants non plus n’aiment pas ça. Et c’est légitime.

Certes, on peut comprendre le côté agréable d’avoir un enfant à la maison qui obéit au doigt et à l’œil. Qui fait ce qu’on lui demande sans rechigner. C’est vrai que ça a un côté pratique. Mais l’enfant est-il là pour nous rendre la vie pratique ? Est-ce que le but est de faire de notre enfant un être soumis ? Car si on le soumet, il va intégrer cela et se développer avec. Il deviendra un adulte soumis ou un adulte révolté. Dans les deux cas, il ne sera ni épanoui, ni en paix.
Et puis, il y a des parents qui ont justement vécu dans ce genre de cadre autoritariste et qui du coup préfèrent le laxisme. Cela se comprend mais n’est pas non plus ajusté pour l’enfant car il ne répond pas non plus à ses besoins.


.
Si vous voulez participer au bonheur de votre enfant, alors vous aurez besoin… de connaître ses besoins !
De quoi un enfant a t-il besoin ?

Un enfant a besoin de se sentir aimé. Aimé tel qu’il est et pour ce qu’il est (amour inconditionnel). Il a également besoin de se sentir considéré, important, cher au cœur de son adulte référent. Il a besoin de sentir qu’il compte, qu’il a sa place.

Un enfant a besoin de se sentir entendu et compris. Que sa parole soit accueillie. Ses émotions aussi. Ses sensations physiques. Et ses pensées. Il a besoin et il a le droit, lui aussi, à la liberté de penser. C’est aussi comme cela qu’il va se sentir considéré et avoir sa place.
L’enfant a besoin d’avoir le droit de se tromper, de faire des erreurs, de ne pas savoir.
L’enfant a besoin d’être encouragé, soutenu dans ses efforts et ses projets. Que ses réussites soient validées. Que ses échecs soient accueillis avec bienveillance.
L’enfant a besoin de limites
justes, simples et claires. Il y a des moments où certaines choses ne sont pas acceptables et l’enfant a besoin de l’entendre.
L’enfant a besoin de
cohérence. Cela le sécurise énormément. Un adulte qui n’applique pas les valeurs qu’il impose à son enfant va apporter beaucoup de confusion à l’enfant. Un adulte qui incarne ces valeurs va apporter beaucoup de sécurité à l’enfant.

.
Quand ces besoins sont comblés en grande partie (disons au moins à 80 %), cela va lui apporter beaucoup de sécurité. Ainsi que de l’estime de lui-même. Et les deux ensemble vont lui permettre de construire une bonne confiance en lui-même, en les autres et en la vie. Ingrédients nécessaires pour que l’enfant apporte ce qu’il a de meilleur dans ce monde.
80 % c’est suffisant. Là encore vous pouvez vous détendre et lâcher la perfection illusoire.

.
En fait, l’enfant a les mêmes besoins qu’un adulte. En résumé, ce sont les valeurs telles que : bienveillance, respect, non-jugement, liberté de penser, liberté d’expression, soutien, encouragements. Si vous relisez ce que qui est écrit sur les besoins de l’enfant, il y a de grandes chances pour que vous reconnaissiez que ce sont des choses que vous aimeriez recevoir vous aussi, dont vous avez besoin vous aussi. Ces besoins sont légitimes, aussi bien pour l’enfant que pour l’adulte.

.

Autre besoin de l’enfant (et de l’adulte) :

L’enfant a besoin d’être accueilli dans sa différence. Car il n’est ni son père, ni sa mère. Ni personne d’autre. Il est qui il est. Un être unique et singulier. Et le plus beau cadeau qu’un parent puisse offrir à son enfant c’est de justement l’accompagner dans la découverte et le déploiement de qui il est vraiment. Quand un parent parvient à s’ouvrir et se demander : « Qui est mon enfant ? Quelle est sa singularité ? Qu’est-ce qui le fait vibrer dans la vie ? Quelles sont ses forces et ses faiblesses ? », quand le parent parvient à accueillir son enfant tel qu’il est, à l’aimer tel qu’il est, quand il l’aide à se sentir digne avec ses failles, alors quel merveilleux cadeau pour l’enfant !
Avez-vous reçu cela quand vous étiez enfant ?

Soyons clairs : un parent qui veut que son enfant soit comme lui va droit dans le mur et emmène son enfant dans le mur également. C’est dur et ça fait mal. Ça amène l’enfant à jouer le rôle de celui qu’il n’est pas pour faire plaisir à son parent. Car en réalité, l’enfant fait tout pour répondre aux attentes de son parent.

.

Autre besoin essentiel pour l’enfant : le cadre. Un cadre juste et bienveillant. Un cadre qui a du sens pour l’enfant.
Ce cadre ne fonctionne que si l’adulte l’incarne.
Si un adulte dit ce qu’il est bon de faire mais ne l’applique pas lui-même, il y a peu de chances pour que l’enfant intègre. Car l’enfant apprend surtout par mimétisme. L’enfant est une éponge à comportements, en particulier ceux de ses parents.
Ce n’est pas parce qu’un enfant obéit qu’il a intégré la valeur demandée. L’enfant obéit par peur, sans avoir intégré. Il se soumet. Mais la soumission et la peur n’ont jamais permis à qui que ce soit (enfant ou adulte) d’intégrer des valeurs. Il n’y a qu’une chose qui permette d’intégrer des valeurs : c’est de côtoyer des personnes qui les incarnent.
Exemple tout simple : la plupart des enfants sont complètement déconnectés avec le sens du remerciement. Soit ils ne disent quasiment jamais merci, soit quand ils le disent, c’est par habitude, par politesse, à la va vite sans penser à ce qu’ils disent, ou parce qu’on le leur demande. Et ils le disent tout en étant clivé de la gratitude du cœur, et du véritable sens du merci qui est la reconnaissance du bon que l’autre nous apporte.
A contrario, un enfant en contact avec des adultes qui incarnent les valeurs (bienveillance, respect, non-jugement, soutien, etc), vont intégrer ces valeurs.

.

Après tous ces besoins énumérés, questionnez-vous : Qu’avez-vous reçu (ou pas reçu) quand vous-même étiez enfant ? Et que reproduisez-vous de ces schémas, ou quels inverses effectuez-vous ? Peut-être pas tout le temps, mais par moments.
Questionnez-vous sans vous flageller (vous aussi avez le droit de ne pas tout savoir, de ne pas tout bien faire) : connaissez-vous les besoins de votre enfant ? Ses aspirations ? Ses rêves ? Ses désirs ? Ses couleurs préférées ? Ses jeux préférés ? Ses animaux fétiches ? Ses vêtements préférés ? Sa singularité ? Savez-vous ce qu’il traverse en ce moment ? Ses joies ? Ses peurs ? Ses inquiétudes ? Ses tourments ? Connaissez-vous ses amis, ce qu’il partage avec eux, ce que ça lui fait vivre ? A t-il des amis ? Si non, savez-vous ce qui se passe ? Savez- vous à quel point il vous aime ? Lui avez-vous dit à quel point vous l’aimez ? A quel point vous êtes fièr/e de lui/elle ? Est-ce que vous prenez le temps de l’écouter vraiment ? Est-ce que vous prenez le temps d’accueillir sincèrement ses émotions ? Est-ce que vous prenez le temps de le comprendre, de vous mettre à sa place ? Est-ce que vous le réconfortez quand il en a besoin ? Est-ce que vous arrivez à lui poser des limites justes et constructives, sans rigidité ?
Et question subsidiaire : est-ce que vous vous apportez cela à vous même ?

.

Certains parents se sentent parfois démunis.
Et pour cause, l’enfant est un miroir de notre propre vécu d’enfant. Cela réveille parfois des expériences inachevées douloureuses de notre propre histoire. Beaucoup de choses se rejouent pour le parent en présence de son enfant. Le passé inachevé remonte à la surface. C’est parfois difficile. Tout ce qui n’a pas été digéré émerge. Tout ce qui n’a pas été métabolisé émerge. C’est naturel et ça peut être un merveilleux levier de transformation positive pour le parent. Car il peut s’en servir pour prendre conscience de ce qu’il n’a pas digéré. Les prises de consciences sont la première étape du changement. Cela demande d’accepter de voir les choses en face. Cela demande du courage. Cela demande d’accueillir ses propres émotions, chagrins, faiblesses. Or, ce n’est pas toujours simple quand nos propres émotions, chagrins, faiblesses n’ont pas été accueilli dans notre enfance.

Ce qui aide c’est de se reconnecter à l’enfant qu’on a été, à notre enfant intérieur. Se souvenir que ce n’est pas toujours simple d’être un enfant. Car l’enfant est vulnérable et fragile. Votre enfant intérieur a lui aussi besoin d’être entendu, considéré, respecté, reconnu dans ses joies, ses rêves, ses douleurs et ses peurs.
Et la bonne nouvelle est qu’il est toujours temps ! Que c’est toujours possible ! Et plus vous parviendrez à vous accueillir vous-même, accueillir votre enfant intérieur, et plus vous arriverez à accueillir votre enfant (extérieur). Et vis et versa.

.
Les enfants sont des êtres à part entière. Cette notion est assez récente dans l’histoire de l’humanité. Il n’y a pas si longtemps que cela, en France, des enfants travaillaient dans des mines.
Alors soyez bienveillants envers vous-même. C’est normal que vous n’ayez pas tout intégré, tout métabolisé. Ça prend du temps. Personnellement et sociétalement
Mais tout est possible. C’est à nous de créer ce que nous voulons pour nous et nos enfants.

.

Concrètement, il y a des tas de façon d’y arriver.

Nous avons la chance dans notre société d’aujourd’hui d’avoir à notre disposition des tas de réflexions (livres, conférences, internet, documentaires…), d’outils de développement personnel et de thérapies réparatrices, d’outils d’éducation positive.
Si vous avez l’en-vie de vous transformer, si vous croyez que c’est possible, alors vous trouverez les supports qui vous conviennent.

Après, il reste juste à accepter que ça prend du temps.
.

Oui ça prend du temps. Comme dit quelqu’un que j’aime beaucoup : « Personne n’est Merlin l’enchanteur. S’il y avait des solutions miracles, ça se saurait, il y aurait un bouquin avec toutes les formules magiques et hop ! Tout serait arrangé en un coup de baguette magique ! ». Mais ça ne marche pas comme ça. Un changement a besoin de temps, autant qu’une plante a besoin de temps pour pousser. Et si c’est le temps d’un arbre, et bien c’est le temps d’un arbre.

Après, c’est juste de choisir de ce qu’on veut faire du temps qui nous est imparti : laisser notre jardin tel qu’il est, en friche ou en désordre, avec toutes ses épines, ou bien planter des graines qui nous conviennent, en prendre soin et se régaler de voir de belles plantes de développer ? Un peu comme nos enfants finalement… 🙂

Je vous souhaite beaucoup d’amour, de bonheur, d’harmonie, de sérénité, de bons moments partagés avec vous-même et votre enfant.

De tout cœur.

Isabelle

 

 

Auteure : Isabelle Dinckel, écrivain et Gestalt Praticienne.